
Les métiers de montagne restent souvent associés à un univers masculin, pourtant, sur le terrain, les lignes bougent. C’est pourquoi, lors de notre séjour à Châtel, partenaire du festival de films Femmes en Montagne, l’équipe a rencontré Lucie David, responsable d’exploitation, et Pia Rentz, pisteuse secouriste, qui incarnent la réalité des métiers de montagne au féminin. Toutes deux occupent des postes techniques et à responsabilité, au cœur du fonctionnement de la station de ski.
À travers leurs témoignages, elles vous partagent leurs parcours, la réalité de leurs métiers au quotidien et un message clair : les femmes ont toute leur place dans les métiers de montagne.
Être une femme dans les métiers de montagne : entre adaptation et légitimité
Métiers de montagne, le défi de rester soi-même tout en prenant sa place parmi des sportif⸱ves
Travailler dans les métiers de montagne c’est d’abord évoluer dans un environnement codifié : le niveau est exigeant sur le terrain. Il faut réussir à trouver sa place, s’adapter et faire ses preuves. “On arrive sur un terrain où les gens sont plus sportifs qu’ailleurs, hommes et femmes, il faut s’adapter”. Pour Lucie, c’est simplement une adaptation du quotidien. Dans cet univers, il faut pousser plus loin, repousser ses limites et montrer de quoi elle est capable pour évoluer au même niveau que les autres. Cette légitimité ne se donne pas; elle se construit pas à pas, à travers l’expérience et le terrain.
De son côté Pia aborde la question avec une approche beaucoup plus libre : “ Pour moi être une femme en montagne c’est faire ce que tu as envie de faire.” C’est une approche beaucoup plus individuelle, où le défi premier est de se trouver. Pour cela, il ne faut pas se laisser freiner par les regards extérieurs. Une manière de rappeler que les freins sont parfois autant dans les représentations que dans la réalité du terrain.
Une mixité encore inégale, avec un écart qui peut être élevé pour certains postes
Les métiers de montagne sont un défi mais les années montrent que les femmes parviennent à trouver leur place. Dans les remontées mécaniques, les postes opérationnels se féminisent progressivement : conductrices de télésièges et agentes d’exploitation font partie de cette diversification. Pour autant, comme le rappelle Lucie “Plus on va évoluer dans des postes de management, moins il y a de femmes”. Son parcours illustre bien cette réalité : elle a mis du temps à devenir responsable d’exploitation en station de ski, un poste encore très peu occupé par des femmes. A ce poste, elle encadre des chefs de secteur.
Du côté des pisteuses secouristes, le constat est encore plus flagrant : sur une quarantaine de pisteurs secouristes seulement cinq sont des femmes. Pour autant, Pia ne perd pas espoir “Je pense que cela peut encore augmenter.”
La mixité dans les métiers de montagne progresse mais certaines places restent rares pour les femmes.
Parcours et accès aux métiers de la montagne : comment elles y sont arrivées
Lucie : Seize ans pour construire son chemin
Lucie en est l’exemple concret, c’est une des rares femmes à être responsable d’exploitation. Maître-nageuse originaire du Nord, elle arrive à Châtel presque par hasard, pour une saison d’hiver. Elle débute alors comme contrôleuse des titres de transport avant d’intégrer les remontées mécaniques. C’est là que naît une vraie passion : « On m’a expliqué comment fonctionnait un télésiège débrayable et je me suis dit : wouah, c’est génial. »
Elle décide alors de se former et obtient son CQP. Seize ans plus tard, elle occupe le poste de responsable d’exploitation, un poste où les femmes sont encore très rares. En y accédant, elle trace un chemin pour celles qui viendront après elle. Une progression construite année après année, à force de travail et d’entraide et une vraie fierté : « C’est plutôt une fierté d’être une femme à ce poste-là.«
Pia : Une vocation née au fil des saisons d’hiver
Pia, elle, est arrivée à Châtel portée par sa passion pour le ski. Originaire d’Allemagne, elle sait que le métier de pisteuse secouriste y est beaucoup plus difficile d’accès qu’en France. C’est donc ici, au fil de ses saisons, qu’elle décide de franchir le pas. Une rencontre avec des pisteurs secouristes suffit à tout déclencher : « J’ai rencontré des pisteurs… et ça m’a donné envie de faire la formation.«
Elle s’engage alors dans un parcours exigeant : test technique de ski, formation aux premiers secours, puis formation spécialisée. Un chemin qu’elle construit saison après saison, avec confiance et détermination.
Deux métiers de montagne techniques, au cœur de la station de ski
Responsable d’exploitation : garantir le bon fonctionnement du domaine skiable
Le rôle de Lucie consiste à assurer le bon fonctionnement de l’ensemble des remontées mécaniques sur plusieurs secteurs : Châtel, La Chapelle-d’Abondance et Torgon. Son quotidien s’articule autour de plusieurs missions : garantir l’ouverture et la fermeture des remontées mécaniques, assurer la sécurité des usagers et des équipes et coordonner les différents services (pistes, damage, ressources humaines)
Au-delà de ces responsabilités, son attachement au terrain reste central : “Ce que je préfère, c’est être sur le terrain… monter sur un pylône, aller remettre une sécu.” Une manière de rester connectée à la réalité opérationnelle du métier.
Elle fait également partie des équipes de voltigeuses, composée seulement de deux femmes. Bientôt elle formera de nouveaux⸱elles voltigeur⸱euses à son tour.
Pisteuse secouriste : Sécuriser les pistes, un métier humain
Le métier de Pia s’inscrit directement sur les pistes. Chaque jour, son équipe veille à la sécurité du domaine skiable : ouverture et vérification des pistes de ski, déclenchement préventif d’avalanches et interventions de secours. Il s’agit d’un métier physique et technique, qui demande réactivité et précision. « Dans mon métier, je suis responsable que toutes les pistes soient en sécurité pour les clients qui veulent passer un bon moment. »
Des métiers exigeants et humains
Aussi différents soient-ils, les métiers de Lucie et Pia ont un point commun : la responsabilité vis-à-vis des autres. Qu’il s’agisse de garantir la sécurité des usagers sur les remontées mécaniques ou d’intervenir auprès d’un skieur blessé sur les pistes, l’humain est au cœur de chaque décision.
Une panne de télésiège, un skieur blessé, des conditions qui changent en quelques minutes : dans ces moments-là, agir vite ne suffit pas. Il faut aussi savoir garder son calme, anticiper les dangers et rassurer.
Pour Lucie, cela peut signifier gérer une évacuation verticale en urgence. Pour Pia, c’est savoir être pleinement présente dans les moments difficiles : « J’aime être en contact avec eux. Et quand on fait un secours, être là pour eux, être humaine dans une situation un peu délicate.«
C’est précisément cette dimension qui rend ces métiers uniques, et qui fait de la montagne bien plus qu’un simple lieu de travail.
Travailler en montagne, un cadre de vie à part
Travailler en montagne, c’est aussi choisir un mode de vie, et elles l’ont pleinement adopté.
Pour Lucie, la montagne est partout, même en dehors du travail : « Tous mes congés, c’est aller en montagne avec mon chien. C’est ça l’inspiration, c’est ce qui me plaît. On est heureux de pouvoir travailler dans ce cadre-là.«
Pour Pia, c’est plutôt le collectif qui rend ce cadre unique. Randonner, faire du vélo, skier avec ses amies de toutes nationalités, australienne, néo-zélandaise, écossaise, française. « Ce qui nous rassemble, c’est la montagne, les sports de montagne et passer un bon moment ensemble dans des paysages magnifiques. »
Femmes dans les métiers de montagne : dépasser les idées reçues
Des défis réels, au delà du genre
Dans les métiers de montagne, les vraies difficultés viennent avant tout des exigences du terrain. Conditions physiques, responsabilités importantes, environnement parfois hostile : ces contraintes s’imposent à tous, hommes comme femmes. Si la condition physique peut être considérée comme un enjeu, elle n’est pas déterminante.
Lucie est claire sur ce point : « Pour moi, ça n’a jamais été une difficulté d’être une femme dans ce métier… Même physiquement, on arrive toujours à trouver les moyens.«
Pour Pia, c’est d’ailleurs la barrière de la langue qui a représenté le plus grand défi au départ, bien plus que le genre. Elle insiste sur un point essentiel : avoir confiance en soi pour se lancer.
Sur les pistes comme dans les remontées mécaniques, femmes et hommes travaillent ensemble et se soutiennent. C’est cette solidarité qui permet d’avancer et la présence croissante des femmes dans ces métiers contribue, chaque jour, à faire tomber les barrières.
Le collectif féminin, moteur de progression et de confiance
Ce qui aide à progresser, c’est aussi l’entourage car quand on travaille en montagne, on est entourées de passionnées. Pour Pia, évoluer au sein d’un groupe de femmes passionnées de montagne est une vraie source d’énergie : « J’ai un grand groupe de copines, on fait toujours des randos, du vélo, du ski ensemble. C’est vraiment une bonne équipe et une bonne inspiration.«
Pour Lucie, cette entraide prend une forme plus professionnelle. Tout au long de son parcours, elle a su s’appuyer sur ses collègues et demander de l’aide quand il le fallait. Une approche qu’elle voit comme une force, et qui a joué un rôle clé dans son évolution.
En plus de ces femmes inspirantes, Les associations comme Femmes en Montagne jouent également un rôle important dans cette dynamique, en créant des espaces d’échange et de soutien pour toutes celles qui évoluent dans le milieu de la montagne.
Leurs conseils aux femmes pour se lancer dans les métiers de montagne
Lucie et Pia ont un message commun pour les femmes qui hésitent encore : « Il n’y a rien qui nous est fermé. On peut toujours y arriver. Il faut simplement prouver nos capacités et on les a.«
Construire son chemin pas à pas, sans chercher à marcher sur les autres. S’écouter soi-même plutôt que d’écouter ceux qui freinent. Et surtout, avoir confiance en soi. C’est la clé pour passer les tests, franchir les étapes et trouver sa place.
« Si on a envie de tenter un métier qui n’est pas forcément très connu pour les femmes, on peut toujours y arriver. » Pia
Femmes dans les métiers de montagne : ce qu’il faut retenir
Lucie et Pia le montrent chacune à leur façon : les métiers de montagne sont accessibles aux femmes. La mixité progresse, portée par des parcours concrets, une solidarité de terrain et une volonté commune de faire bouger les choses. Certaines places restent malgré tout difficiles d’accès, notamment aux postes de management et de responsabilités.
Mais une chose est sûre : ce qui compte ici, ce n’est pas le genre. C’est l’envie, le travail et la passion. Et ça, elles en ont à revendre.
C’est d’ailleurs cette passion qui rassemble de plus en plus de femmes autour de la montagne, sur les pistes, sur les sentiers, ou autour d’un verre. L’association Femmes en Montagne porte cette dynamique au quotidien : valoriser la place des femmes dans les sports de montagne, encourager le collectif féminin et créer des espaces où la passion se partage. Des soirées, des temps d’échange, des rencontres.
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