21 Juil 2026

“L’idée, c’était vraiment de se dire que l’escalade pouvait devenir un prétexte pour parler de biodiversité.”

Grimpeuse professionnelle et ingénieure de formation, Nolwen Berthier a réalisé « Une voie pour la nature », une web-série qui…

Grimpeuse professionnelle et ingénieure de formation, Nolwen Berthier a réalisé « Une voie pour la nature », une web-série qui bouscule les codes de la performance sportive pour questionner notre rapport au vivant. Entre deux falaises, elle nous livre sa vision d’une pratique engagée et d’une nécessaire reconnexion aux cycles naturels.

 

L’escalade comme prétexte

Pour Nolwen Berthier, l’escalade n’est plus seulement une fin en soi, mais un médium. Si la discipline est souvent médiatisée sous l’angle de la performance pure, Nolwen a choisi d’utiliser l’esthétique du corps en mouvement pour infuser des messages plus profonds.

« L’idée, c’était d’utiliser l’escalade comme un prétexte », explique-t-elle. « On parle beaucoup de mobilité douce ou de climat dans notre communauté, mais très peu de biodiversité, alors que c’est une des limites planétaires qu’il faut absolument adresser. »

 

Un voyage sensoriel à travers les éléments

La web-série est structurée comme une immersion dans les quatre éléments, avec un fil rouge 

: questionner notre relation au vivant dans tous ses états. Chaque épisode nous emmène à la rencontre d’experts pour changer d’échelle :

Dans l’épisode 1,Vivante parmi les vivant.e.s”, Nolwen nous invite à nous percevoir comme un « vivant parmi les vivants ». Elle pointe du doigt la déconnexion de nos sociétés et rappelle que la protection de la biodiversité n’est pas une option, mais une question de survie collective où le dépassement de soi doit désormais intégrer le respect du tissu social et biologique.

Puis, dansLe bruit qui couleon y découvre que l’océan n’est pas qu’une réserve d’eau, mais le véritable poumon de la planète. L’épisode explore la pollution sonore sous-marine, un « bruit qui coule » et perturbe la survie des espèces, nous rappelant que notre souffle de grimpeur est intimement lié à la santé des mers.

Le 3ème chapitre, le seul volet urbain, interroge notre perte de rythme. En grimpant sur le béton dans Une idée lumineuse, Nolwen montre que la nature est partout, même là où on l’oublie. Elle y prône une reconnexion aux saisons et aux cycles naturels pour lutter contre cette volonté humaine de s’extraire de la réalité biologique par le confort artificiel.

© Jan Novak

Enfin, la première saison s’achève avecBogue à la racine du système” : ce dernier chapitre aborde les paradoxes de nos besoins énergétiques. À travers des rencontres avec des acteurs engagés (comme Emka de Cannart ou Lionel Minassian), Nolwen nous invite à repenser notre manière d’habiter le monde.

En reliant ainsi la falaise à l’océan ou à l’asphalte, Nolwen Berthier démontre que chaque geste sportif est un acte d’interdépendance avec l’écosystème global.

 

Sortir de la « bulle » de la performance

L’un des messages forts de Nolwen concerne l’évolution de la pratique. Elle observe une tendance à vouloir « climatiser » l’extérieur : ventilateurs au pied des blocs, grimpe nocturne pour éviter la chaleur…

« On essaie de reproduire des conditions de salle en extérieur. On n’accepte plus que la nature ait ses droits », regrette-t-elle. Pour elle, l’escalade en falaise doit rester une école de la sobriété et de l’acceptation de l’inconfort. Choisir de vivre avec 30 litres d’eau et sans réseau, c’est retrouver une joie dans la sobriété et renforcer le lien humain.

« Choisir aujourd’hui de quoi on peut se passer, c’est beaucoup plus confortable que de se le voir imposé par la force des choses et le cours de l’Histoire. » 

Et si la pratique de l’escalade donne une leçon d’humilité, c’est pour mieux appliquer ce principe à d’autres enjeux. C’est alors toute la question de la performance et du dépassement de soi qui est mis au centre du débat : 

“Je pense qu’il faut bien séparer la notion de compétition de la notion de dépassement de soi. Ce qui peut être positif dans le dépassement de soi peut être négatif dans la compétition. Pour autant, le dépassement de soi m’a beaucoup nourrie, il m’a construite, il m’a fait prendre confiance en moi. En tant que personne, il m’a beaucoup aidé, en tout cas à travers le sport, c’est quelque chose qui fait la personne que je suis aujourd’hui.
Maintenant, la question est “Comment se dépasser dans le respect à la fois social et du vivant dans son entièreté ?”. Je pense que c’est là où il faut qu’on arrive à mettre le curseur au bon niveau.”

Et au-delà d’un équilibre, en s’éloignant des paradigmes actuels, c’est tout un imaginaire qui s’ouvre à soi : 

 

©Thomas Di Giovanni

“C’est ce que je trouve hyper chouette dans la falaise, c’est que justement on a cette échelle de cotation qui est un prisme de dépassement de soi. On peut en imaginer d’autres autour de ça, avec de la créativité, c’est un terrain d’expression, d’expérimentation.

Une manière de revenir au pourquoi de l’activité sportive en extérieur : composer avec les éléments qui nous entourent et non les plier à notre désir. 

 

La science face aux enjeux de société

Interrogée sur la place de l’écologie dans les médias, Nolwen souhaite apporter une mise en garde : 

“Il y a une vraie guerre des idées qui est en train de se mettre en place et il faut que toutes et tous, en tant que citoyens, citoyennes, on soit vigilant par rapport à ça.
Du coup, la question écologique me paraît presque anecdotique face à l’ampleur du sujet. Bien sûr qu’elle en fait partie, mais j’ai l’impression que ce qui est en train de se jouer est encore plus grand.”

Face à cela, elle prône un dépassement de soi qui respecte le vivant. Exit les voyages à l’autre bout du monde pour un post Instagram : Nolwen privilégie des projets locaux, longs, accessibles en mobilité douce. Une manière de prouver qu’une carrière de grimpeuse professionnelle peut rimer avec régénération plutôt qu’avec consommation. 

Et finalement apporter une preuve par l’exemple ? C’est ce qu’il manque peut-être à la société : “Parfois, les effets positifs, c’est juste ne pas avoir un effet négatif. Concrètement, aujourd’hui, on aimerait voir des effets positifs. Mais si on continue comme on le fait, on va droit dans le mur. Je pense que collectivement on n’a pas conscience d’à quel point c’est désastreux.”

Est-ce une pensée utopiste, éloignée des réalités du quotidien ? Pas tant que ça. Les récents épisodes de canicule nous le montre, le changement climatique tape à notre porte de plus en plus régulièrement. Les choix, petits et grands, individuels et collectifs, sont inévitables : “On a l’impression qu’aujourd’hui, on doit juste faire des concessions sur notre confort, et on n’a pas envie de les faire parce qu’on a l’impression que c’est trop grand. Mais on ne se rend pas compte des concessions qu’on devra faire plus tard si on ne les fait pas aujourd’hui.”

©Thomas Di Giovanni

Le collectif au cœur de la falaise : faire société par la sobriété

Au-delà de la question environnementale, le projet de Nolwen explore la dimension politique et humaine de notre pratique. En choisissant des sites accessibles en mobilité douce et en acceptant un mode de vie plus sobre sur le terrain, elle redécouvre la force du collectif. 

« On trouve de la joie dans cette sobriété », confie-t-elle. Pour la grimpeuse, s’extraire du confort moderne est une opportunité unique de renforcer les liens humains. En replaçant le partage et la gestion d’un bien commun (la falaise) au centre, l’escalade devient un laboratoire de ce que pourrait être une société plus solidaire : 

“ Avec cette communauté de l’escalade et cette pratique en extérieur, on a un terrain de jeu qui est formidable pour laisser libre cours à notre créativité, et explorer ces questions de société, de dépassement de soi, de vivre ensemble, de gestion d’un bien collectif qui est une falaise par exemple. Je trouve tout cela intéressant car on a une échelle assez grande pour que l’expérimentation puisse être révélatrice de ce qu’on pourrait faire au niveau de la société, et la fois assez petite pour tester des choses différentes. ” 

C’est dans ce « vivre ensemble » et cette créativité collective que se dessinent, selon elle, les solutions pour demain : une manière de prouver que l’écologie n’est pas une série de renoncements, mais une aventure humaine à bâtir ensemble.

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✨ À voir pour : Changer de regard sur votre prochaine séance en falaise et comprendre que chaque prise nous lie un peu plus au reste du monde vivant.

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❤️ Notre avis :  Une web-série courte et impactante, où les images ne sont que l’illustration d’une profonde réflexion sur le vivant qui nous entoure. Entre documentaire scientifique et film d’escalade, chaque épisode nous plonge dans un univers différent et riche à sa manière. Si la biodiversité peut parfois être un élément secondaire dans le vaste sujet du changement climatique, il reprend ici toute son importance.
Au-delà du contenu, on est tout de suite embarqué.e.s par le message de Nolwen et par son sens du récit. Entre questionnement sur la performance, interviews d’experts et réelle volonté de partager une expérience avec le spectateur, on ne peut que se demander : y aura-t-il une saison 2 ? 

Regarder la saison 1

 

 

©Thomas Di Giovanni

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