Entre psyché, corps et paysage : l’exposition du festival Femmes en Montagne
À travers le regard de femmes artistes, alpinistes et exploratrices, l’exposition Les Traversantes propose d’explorer les liens entre psyché, corps et paysage du 12 au 28 novembre 2026.
Une montagne qui transforme
La montagne y est envisagée non seulement comme un territoire, mais comme un espace de transformation, de confrontation et de réconciliation. Marcher, gravir, respirer, se perdre parfois : autant d’expériences physiques qui deviennent des processus mentaux, voire émotionnels.
Dans ce dialogue entre intérieur et extérieur, la nature agit comme révélateur. Elle accueille les fragilités, amplifie les perceptions et ouvre des espaces de métamorphose. Les artistes explorent ces moments de bascule où le déplacement dans le paysage initie un mouvement en soi.
Des cartographies intimes : les vécus féminins
Une attention particulière est portée aux vécus féminins : comment les femmes appréhendent-elles ces espaces ? Quelles forces, quelles vulnérabilités, quelles reconquêtes s’y jouent ? Entre solitude choisie et besoin de connexion, entre dépassement et apaisement, leurs récits dessinent des cartographies intimes.
L’exposition se veut ainsi un espace de résonance, où se croisent audace, transformation et ancrage. Elle invite à porter un regard sensible sur ces métamorphoses invisibles : celles qui naissent du lien profond entre la nature et la psyché.
Les artistes
Lucie Bascoul

Lucie Bascoul est directrice artistique et photographe, basée à Paris. Formée en communication visuelle à l’École Estienne, elle développe depuis 10 ans une écriture photographique sensible. Entre portrait et documentaire, son travail explore les liens entre le corps, l’intime et l’environnement, dans une approche douce et incarnée. Gestes, regards et matières y entrent en résonance avec l’espace. Elle développe des projets personnels autour de ces thématiques, notamment Désirs contrariés, série documentaire sur la préservation de la fertilité féminine en France, et Entre deux eaux, série en cours autour de fleurs immergées et de santé mentale. En parallèle, elle travaille avec des marques et des artistes dans les univers de la mode, de la beauté et du lifestyle.
Pour Les Traversantes, Lucie Bascoul s’intéresse à ce qui se joue en montagne au-delà de l’expérience physique de la marche : les silences, les temps de pause, les sensations, la présence à soi et aux autres. Pour elle, marcher impose un autre rythme et ouvre un espace où le paysage accompagne et transforme notre perception intérieure. C’est une recherche photographique autour de la lenteur, de l’invisible et des expériences intérieures.
Charlotte Miss

Charlotte Miss est photographe et graveuse amatrice. Elle explore les montagnes, équipée de son argentique depuis 30 ans. Elle révèle une sensibilité propre au grain, au dénuement et à la lenteur de la photographie argentique. Travaillant principalement sur les matières et la mise à distance de l’objet, elle propose une photographie curieuse autour du minéral et de la neige. Le sac lesté de son Minolta X700, elle traverse les Alpes, les Pyrénées, le Télémark, le Népal, l’Ouzbékistan dont elle ramène des échantillons. Elle y capture les moments suspendus, les textures qu’offrent les montagnes, signifiant sa naïveté et son émerveillement puis ramène ses bobines jusqu’à son laboratoire à Marseille, pour les révéler sur papier dans un style pur, en noir et blanc. Une technique photographique mécanique choisie et assumée : simple, sans détour ni truchement. Le même état d’esprit dont il faut s’équiper pour partir en montagne, équipée mais sans artifice.
Cette pratique photographique mixée à celle de la montagne, nous permet de mettre en résonance la matière brute et notre humanité. Nos corps passent sur les éléments, on les foule, on se surpasse, on exulte nos joies. Cette friction corps-matière renvoie nos émotions sous leur forme les plus crues. Elle les catalyse et nous transforme. Nos déambulations en montagne nous font traverser les empreintes du temps laissées sur elle. Par une ellipse extérieure et intérieure, elles nous ramènent à nos corps éphémères, gaillardement et transitoirement accrochés aux replis de la terre.
Dans cette pratique esthétique de la montagne, c’est l’inutilité du geste, qu’il soit dans la démarche artistique ou alpinistique, qui en donne la profondeur et le sens. Charlotte Miss s’inscrit ainsi dans une photographie sujette au temps long, celui de la contemplation.
Juliette Suchel

Juliette Suchel est une artiste pluridisciplinaire qui interroge les procédés de développement argentique dans un monde abîmé par les désastres écologiques et la surconsommation d’images. Elle entrecroise différents médiums tels que la céramique, la photographie et la vidéo afin de former un storytelling des territoires qu’elle habite. En 2025, elle a fait partie du programme de résidence à Ottawa. Elle est diplômée du Master Art&Ecology de l’Université Goldsmiths à Londres, et de l’École Supérieure d’Art et de Design de
Saint-Etienne. Elle a exposé notamment au Musée d’Orléans dans le cadre du Festival Ar(t)chipel, à Cornerstone Studio (Londres), et à la Galerie Giardi (Saint-Etienne). Fin 2026, elle fera partie du festival d’art contemporain Les Voyageuses à Grenoble.
Juliette Suchel cherche à glaner les histoires de la terre grâce aux différents regards de scientifiques, botanistes, militants et habitants des sols qu’elle foule, afin de tisser un récit underground et à contre-courant d’un monde où il faut aller toujours plus vite et plus loin. Sa pratique de la montagne la pousse à inviter les territoires qui l’environnent dans son atelier. Le besoin de ralentissement qu’elle ressent lorsqu’elle grimpe, court, marche est inhérent dans son travail expérimentale de la photographie.
Depuis un an, elle développe ses photos de nature avec le jus des plantes qu’elle rencontre sur son chemin. Le processus de création d’image est bien loin de l’instantané d’un objectif de téléphone portable. Il n’y a pas de courses aux sommets qui tiennent, le but d’être en montagne est avant tout un besoin de comprendre notre interdépendance. Le soin de l’un est intrinsèquement lié à celui de l’autre. De plus, en entremêlant céramique et photographie argentique, Juliette souhaite juxtaposer l’échelle de nos corps humains avec celle de son environnement en déclin. Les formes en céramique qui s’apparentent à des vues satellites de lits de rivières et de délimitations de forêts, accueillent des Polaroïd témoignant de la dégradation de ces derniers et des luttes en cours pour leur préservation.
Marine Auvray

Marine Auvray est artiste et auteure. Après des études d’art, elle travaille comme assistante dans un studio photo en région parisienne. Elle se consacre ensuite à ses enfants avant de revenir à la création et d’installer son atelier chez Art by Friends. Aujourd’hui, elle mêle la photographie, la cyanotypie, et l’écriture poétique. Ses formations en criminologie et en psychocriminologie ont nourri son intérêt pour les mécanismes psychiques, les situations de vulnérabilité, les trajectoires humaines et les traces que certaines expériences peuvent laisser sur l’individu. Elle est l’autrice de Regard Vertical, paru aux éditions Les Bonnes Feuilles. Son second recueil, Ce que personne ne regarde, paraîtra prochainement chez le même éditeur.
La pratique de Marine Auvray s’articule principalement autour du cyanotype, un procédé qui lui permet de travailler l’empreinte, la lumière et la matière. Par des virages, elle fait évoluer le bleu vers le sépia ou le noir et blanc, donnant à chaque image une présence proche du souvenir ou de l’archive intime. La photographie au téléphone nourrit ce travail en amont : toujours à portée de main, elle lui permet de saisir l’émotion d’un instant, sans renoncer à une attention portée à la composition, aux contrastes et à la lumière. Elle affectionne aussi le polaroid.
La marche, la montagne et les grands espaces sont au cœur de sa pratique. En altitude, loin des logiques de performance, elle trouve un espace où elle peut être pleinement elle-même. Par la photographie et l’écriture, elle cherche à retenir ce qui demeure de ces expériences : une sensation, une trace, une présence. Son travail explore ainsi ce qui persiste en nous et transforme le souvenir en matière sensible.
Infos pratiques
Vernissage de l’exposition : mercredi 11 novembre, à partir de 18h00
📍 Galerie Art By Friends, 14 avenue du Rhône, Annecy
📅 Du 12 au 28 novembre
🕙 De 10h à 17h
🎟️ Entrée libre
Une exposition portée par Femmes en Montagne
Depuis 2015, l’association Femmes en Montagne rassemble femmes et hommes autour d’une vision mixte et plurielle des pratiques de montagne. Par ses festivals, rassemblements et créations collectives, elle met en lumière des récits alternatifs et celles et ceux qui
habitent autrement ces territoires verticaux.
L’exposition Les Traversantes s’inscrit dans la programmation de l’édition 2026 du festival de films Femmes en Montagne.
La billetterie des projections est ouverte.
La billetterie des ateliers ouvrira le 16/10.
Commissariat d’exposition : Sabine Cordier


